Prolégomènes à une "troisième voie" en matière d'édition de textes français anciens exemplifiés par le ms. London, BL, Royal 20 D XI - Reverdie

Prolégomènes à une "troisième voie" en matière d’édition de textes français anciens exemplifiés par le ms. London, BL, Royal 20 D XI

lundi 21 juin 2010, par Laurent Balon

Présenté lors de la séance du 26 janvier 2010.

La méthodologie éditoriale pour laquelle je plaide ici s’appuie sur ma propre édition de Garin de Monglane du manuscrit de Londres [1], et constitue un compromis entre une pratique de la transcription dite « diplomatique » que certains appellent de leurs vœux [2], très informative des pratiques de scriptions mais souvent peu lisible, et une pratique de l’édition de texte « classique » qui, sous couvert légitime de faciliter au lecteur l’intelligibilité d’un texte conçu dans une langue souvent difficile d’accès, réduit parfois les particularités graphiques jusqu’à en créer des artefacts [3], obligeant le linguiste au recours constant aux manuscrits pour en vérifier les données et s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une interprétation de l’éditeur. On observe encore que les techniques éditoriales traditionnelles se heurtent parfois à des choix éditoriaux contradictoires et arbitraires : par exemple, sur la base de la lemmatisation lexicographique, elle-même parfois inconstante et indécise [4], on aura tendance à transcrire, par exemple lasus en un mot, mais la fors en deux mots, en ne respectant pas toujours le contenu et les données des manuscrits.

Entre l’édition critique canonique, traditionnelle et la transcription « diplomatique » ou imitative, j’ai suivi une « troisième voie » consistant d’abord à considérer le manuscrit comme un témoin historique authentique d’un état de langue donné, la transcription la plus fidèle possible de celui-ci autorisant seule une description méthodique et raisonnée des procédures de « mise en texte » du manuscrit et une analyse linguistique comprise non pas comme une étude de langue telle qu’on peut la mener dans une édition de texte traditionnelle [5], mais comme une analyse de phénomènes relevant de la linguistique de l’écrit [6].

I. Objectif et Méthode

L’objectif de notre méthode est simple et clair : ménager la lisibilité et l’intelligibilité du texte littéraire tout en préservant le contenu linguistique transmis par le copiste afin de fournir au lecteur les informations nécessaires à l’approche linguistique des codes graphiques médiévaux, avec le souci constant de ne pas créer d’artefacts lexicaux ou grammaticaux. Pour ce faire, une attention particulière est apportée à deux faits de scripta ordinairement assez mal considérés dans les éditions traditionnelles : les séquences graphiques (A) et les abréviations (B).

(A) Dans cet objectif, une attention particulière est ainsi d’abord apportée aux faits de « syntaxe graphique » [7], c’est-à-dire à « la transcription des séquences, usuelles dans tout manuscrit médiéval, qui unissent en un seul mot graphique des éléments pouvant toujours, y compris dans le même manuscrit, être individués (par exemple emporte). Or pour de nombreuses séquences, leur transposition en segments conformes aux habitudes modernes et avec les signes modernes, qui y ont au besoin été insérés comme l’apostrophe, pose des problèmes d’interprétation chaque fois que l’élément à individuer fait l’objet d’une incertitude : unité lexicale encore en formation (par exemple enmener ou en mener ?), statut d’enclitique ou de proclitique (par exemple de l’abbe ou del abbe ?) » [8].

La méthodologie proposée par Nelly Andrieux-Reix [9] repose sur une amplification et une transposition dans les textes littéraires de certaines pratiques déjà en vigueur dans les transcriptions des documents d’archives, et dont les principes avaient été formulés par Jacques Monfrin [10]. Pour conserver la trace des pratiques de séquenciations et de segmentations, et pour ne pas consacrer de formes en réalité non attestées ou à l’attestation incertaine, Nelly Andrieux-Reix conseille le recours à l’utilisation de trois signes particuliers :

  1. Le « tiret simple » (ou trait d’union) pour indiquer une séquenciation pratiquée dans le manuscrit de deux éléments susceptibles d’être individués, par exemple par-tot, si-fait, em-prist. Dans le cas de em-prist, le tiret simple souligne de la même manière une transformation graphique corrélée à la pratique de la séquenciation (en prist devenu emprist) aussi bien que le redoublement d’une consonne comme dans a-ssavoir (a savoir devenu assavoir).
  2. Le « tiret redoublé » pour indiquer un petit espacement, par exemple ne—l’osent indiquant une indécision dans la lecture du manuscrit ou dans la pratique même du copiste entre un usage clairement enclitique ou proclitique du pronom élidé le.
  3. Le « tiret double » pour indiquer la présence d’un blanc entre deux éléments susceptibles d’être employés en séquence et qui sont souvent les mêmes que ceux qui peuvent être dotés d’un tiret simple, par exemple par—tot, si—fait, en—fuient.

Si l’on est bien obligé d’admettre que l’ajout de ces quelques signes graphiques peut rendre, de prime abord, la lecture des textes un peu moins aisée par la surcharge typographique qu’ils imposent, ceci ne tient qu’à l’habitude que nous avons des signes graphiques modernes, par exemple du tréma pour signaler une prononciation de deux voyelles en diérèse ou en hiatus, lui-même introduit dans le code graphique pour nous faciliter l’accès et la lecture des textes médiévaux [11]. Mais on constate, de ci, de là, une utilisation plus ou moins libre de l’adjonction ou non du tréma [12] phonétique dont la place, lorsqu’il est adjoint, varie en outre selon les traditions [13] ; on observe une restitution de la ponctuation plus ou moins en prise avec les habitudes graphiques modernes, une résolution de certaines abréviations plus ou moins normée [14]. On note une certaine variabilité dans les principes d’établissement du texte, parce que ceux-ci apparaissent en réalité plus ou moins utiles [15].

Le projet, rappelons-le, n’étant pas de réduire le texte à un pur objet d’observations linguistiques, nous maintenons dans le texte transcrit les éléments les plus informatifs d’une pratique variable dans les écritures successives du français, mais variant aussi en synchronie selon les pratiques scripturaires individuelles ou d’ateliers, en exhibant ce qui dans l’écriture du copiste présente un intérêt certain dans l’histoire de la formation du français, sur quatre plans essentiellement :

  1. graphique (transformations du type en prendre/emprendre).
  2. lexicologique (phénomènes relevant de la formation du lexique et des unités en cours de lexicalisation du type en mener/enmener).
  3. sémantique (problème relatif par exemple à la différence de connotation des formes du type mes sire/messire).
  4. morpho-syntaxique (par ex. : question des formes clitiques et distribution en emploi pro- ou enclitique du type del abe ou de l’abe).

Ainsi que le souligne Nelly Andrieux-Reix, les rares consignes promulguées jusqu’à son édition du Moniage Guillaume, ne concernent que les questions relatives à la « syntaxe graphique », autrement dit les seuls faits de transformations graphiques corrélés à des phénomènes de séquenciations.

Si Paul Meyer (1909) [16] et Mario Roques (1926) [17] n’en font pour ainsi dire pas mention, Clovis Brunel (1941) [18] ne traite que des seuls faits d’enclise et de proclise [19] dont l’appréciation est laissé au libre arbitrage des éditeurs.

La transcription des consonnes redoublées fait l’objet de pratiques variables et aléatoires selon les éditeurs et les instructions pour les éditions. Nelly Andrieux-Reix prend pour exemple [20] l’ « unanimité [qui] semble faite pour assavoir sur le maintien tel quel de l’ensemble de la séquence (par opposition à a savoir à transcrire en deux [segments] : a savoir) ». Mais ce « maintien tel quel » pour les éditeurs qui le pratiquent se heurte, sans signalement graphique spécifique, à la considération, sans nuance, que assavoir constituerait dès lors une forme complètement lexicalisée. Or, ainsi que le note Jacques Monfrin [21], ce verbe pourrait ne jamais avoir eu d’existence réelle en soi ; d’ailleurs, le Dictionnaire de Tobler et Lommatzsch ne le lemmatise pas et Godefroy ne lui accorde d’existence que dans le Supplément à son dictionnaire [22].

Seulement, ces divers conseils [23] n’envisagent pas clairement les cas de transformations consonantiques du type empiez, et ne prennent pas en considération le problème posé par la différence entre petits et grands espacements constatée dans la pratique de la segmentation. Or, ces deux types de blancs graphiques ne sont pas nécessairement réductibles l’un à l’autre [24].

(B) Dans cet objectif, une attention particulière est aussi apportée aux abréviations trop souvent, semble-t-il, négligés par les éditeurs [25]. Dans le même but de ne pas créer d’artefacts grammaticaux ou lexicaux, les formes pour lesquelles la restitution des parties abrégées n’est pas assurée ou demeure problématique, et dont l’interprétation ne s’impose pas par rapport à une autre également possible [26], sont signalées par un système de soulignement ou d’italique. De la même manière, rappeler que la résolution des abréviations est basée sur les graphies des formes développées correspondantes en toutes lettres attestées dans le manuscrit n’est peut-être pas tout à fait inutile. Or il semblerait que cette démarche ne soit pas toujours à elle seule complètement à même d’atteindre au plus près la « vérité » du système graphique du copiste, parce qu’elle néglige un aspect qui peut être mis en relief par une analyse circonstanciée et systématique des abréviations : la présence en réalité, derrière l’emploi des signes abréviatifs, d’une tentative d’organisation systématique et de mise en place d’un système linguistique révélant, de part en part, un début de conscience grammaticale dans cette procédure de mise en texte du manuscrit, fait qu’on observe de la même manière dans la pratique de l’écriture en séquence ou en segments.

Il semblerait que la négligence des éditeurs à l’égard de ces deux pratiques d’écriture, très, trop longtemps taxées d’inutilité linguistique, soit corrélée à un apriorisme d’arbitraire [27]. Or j’ai clairement montré dans ma thèse qu’il n’en était rien, du moins dans le manuscrit de Londres.

II.) De la nécessité d’un attachement aux questions relatives à la syntaxe graphique et aux abréviations : exemplification par le manuscrit de Londres

(B) L’objectif d’une mise en relief par une marque typographique elle aussi visible dans tous les cas où la résolution d’une abréviation est d’une façon ou d’une autre problématique, doit permettre au lecteur, dans le cadre d’une analyse linguistique de l’écrit, de pouvoir se référer au texte édité sans risquer d’attester au plan statistique des graphies qui apparaissent « pleines » dans la transcription mais qui en réalité sont abrégées dans le manuscrit [28].

Pour illustrer notre propos, nous prendrons pour exemple le cas d’une abréviation polysémique : 9 linéaire employé devant u consonne ou m.

L’emploi de 9 linéaire devant m avec la valeur de cou est attestée dans le manuscrit par une occurrence unique développée en toutes lettres dans le titre rubriqué : coumence. Cette occurrence unique doit d’abord interroger sur la fiabilité de la distinction u/n. Par ailleurs, le manque de recul graphique que cette occurrence isolée implique est de nature à éveiller le doute.

Certes l’examen des graphies u/n du manuscrit met en relief un emploi très généralement différencié et relativement stable des deux graphies. Or, au terme d’une étude circonstanciée de toutes les formes pouvant commencer par con-, cou- ou co- [29] où une ambiguïté est possible [30], il ressort le fait contradictoire suivant, pour ainsi dire éditorialement insurmontable : on lit invariablement cou- dans tous les cas où la forme est développée, en même tant qu’on note l’absence d’une forme abrégée cō-, semblant exclure, de fait, la possibilité d’une lecture con- [31]. Mais on note aussi, pour ainsi dire inversement, l’absence remarquable de formes développées co- pour ces mêmes formes pouvant alterner avec cou-, alors qu’il se trouve, par ailleurs, que les graphies o et ou alternent dans le manuscrit très régulièrement dans tous les cas où, précisément, le problème de lecture ou/on ne se pose pas, comme par exemple pour cortois/courtois, plorer/plourer, etc. Que penser de cette invariant ? Cette double constatation crée une impasse éditoriale : d’un côté on se retrouve devant une (quasi) impossibilité d’une lecture con- par l’absence d’une abréviation qui pourtant existe dans le manuscrit pour com-, et de l’autre, un invariant cou- vs co- qui peut apparaître suspect dans l’économie générale du système graphique du copiste et pourrait faire pencher la balance dans le sens d’une lecture con-. Que penser de cette constatation ? La solution aux problèmes de développement des abréviations venant des formes développées correspondantes en toutes lettres, on devrait ici considérer qu’il ne s’agit là que d’un pur hasard. Mais cette assurance pourrait être remise en cause par l’occurrence abrégée, elle aussi unique, de mōstrer (au vers 2230 vs moustrer 28 occurrences en toutes lettres). Il apparaît en effet envisageable de considérer, dans ce cas, que l’abréviation puisse permettre d’atteindre la « vérité » du système graphique du copiste, aider à l’éclaircissement des formes développées pour lesquelles sans aucune exception on lit pourtant invariablement moustrer, et donc nous réorienter vers une lecture monstrer, la possibilité que « tilde » puisse ici valoir pour u [32] se heurtant au système graphique du copiste qui ignore, partout ailleurs où cela aurait été possible [33], la valeur vocalique de ce signe. Soit à nouveau une occurrence unique. Cela induirait peut-être aussi à penser que u et n pourraient ne pas avoir, pour ce type de formes du moins [34], de valeur distinctive [35] en soi dans le manuscrit malgré des apparences certaines de scription : on lit clairement coumence, comme on lit toujours couvenant, couvent, couvoitier, (de)moustrer [36]. Mais pouvons-nous pour autant en déduire une lecture conmence, convoitier, conment, etc. sur la base d’une possible lecture monstrer de mōstrer ? Rien n’est évidemment moins sûr car, si l’abréviation 9 peut masquer l’existence par ailleurs toujours possible de cō-, inversement, ne peut pas être masqué par un signe qui aurait pu à lui seul abréger toute la suite graphique mon- ou mou-, abréviation inexistante dans tout le système abréviatif médiéval par-delà notre manuscrit et notre copiste. Aussi, certes, ces constatations, basées sur de très faibles occurrences et donc sur des manques graphiques, ne sauraient à elles seules battre en brèche la confiance, presque nécessairement aveugle, en une forme développée telle qu’elle se présente à nos yeux. Or, dès lors que con- et co- sont inexistants dans certaines formes, que o et ou alternent dans toutes les formes non concernées par le problème posé ici et que u et n pourraient ne pas se discriminer clairement, il paraît impossible de déterminer si ce qu’on lit cou- vaut véritablement pour cou- ou pour con-.

Enfin, on observe encore que les formes pouvant être graphiées par la suite coum- sont, à l’exception de coumence, systématiquement abrégées 9m (170 occurrences). Cette sorte d’euphémisation graphique pourrait tout à la fois cacher et révéler, de la part du copiste lui-même, un embarras graphique où l’abréviation, par sa polyvalence, se substituant à la graphie sans en (sup)porter les inconvénients, notamment phoniques, jouerait le rôle d’élément « cache-misère », indécision que le cas de moustrer/monstrer pourrait révéler. Quoi qu’il en soit, et quel que soit le type d’édition menée, ce type de graphie restituée très problématique devra être mise en relief par un système typographique visible et lisible (italique ou soulignement).

(1) Un espacement net, qu’on appelle « blanc graphique », laisse parfois place à un autre blanc qui se caractérise par un plus petit espacement que seule, semble-t-il, Nelly Andrieux-Reix avait, avant nous, remarqué [37]. Cet « entre-deux » graphique, à mi-chemin entre la séquenciation et la segmentation nettes, pourrait manifester une hésitation quant à la réalisation de certaines formes pouvant être employées aussi bien en un qu’en deux mots, ce blanc ténu correspondant tantôt à une séquence, tantôt à une segmentation, ambiguïté que seule une étude de la fréquence occurrentielle des formes permet parfois de lever, notamment dans les cas où la pratique de la séquenciation entraîne des modifications graphiques systématiques.

Dans le manuscrit de Londres, on observe la règle combinatoire suivante : en, et seulement cet élément [38], pronom personnel régime ou préposition, employé entre deux blancs graphiques, n’apparaît jamais sous une forme em [39]. En revanche, lorsqu’il est employé en séquence avec un élément suivant dont l’initiale est p ou b, en est remplacé par em dans tous les cas (plusieurs dizaines d’occurrences) sauf un : enporte (vers 6587). Ainsi, par exemple, en pié, en deux segments, devient systématiquement empié lorsque la forme est écrite en une seule séquence. Ce fait permet d’établir que le petit espacement dans une forme comme em—pié, équivaut donc, par fait de la graphie m, à une séquence empié. Le problème pour ce type de graphies apparaît en outre accru par la présence de formes cumulant petit espacement et abréviation du type ē—pié. En dépit des apparences de scription, qui pourraient induire à considérer les deux éléments comme segmentés et donc à transcrire en pié en deux segments, la mise en relief de cette règle combinatoire dans le système graphique du copiste permet donc de poser cette forme comme équivalente à la séquence graphique correspondante développée en toutes lettres et systématiquement écrite empié.

(2) Par-delà des nécessités métriques qui peuvent justifier l’emploi d’une forme he las, comptant pour deux syllabes, plutôt qu’une forme haÿ las comptant pour trois syllabes, l’occurrence du vers 9987 he las semble marquer, malgré l’emploi en deux segments, l’apparition d’une forme nouvelle se rapprochant davantage de notre forme hélas que de l’ancien haÿ las.

En effet, l’occurrence de las constitue ici l’unique cas du manuscrit où l’adjectif n’est pas marqué en genre, alors que le sujet est féminin, quand il apparaît partout ailleurs sous la forme lasse (vers 9982, 10 occurrences). Cette absence de flexion en genre apparente dès lors l’adjectif à une sorte de forme neutre, invariable, indice peut-être d’un début de lexicalisation qui conduira ultérieurement à un emploi en séquence helas.

Par conséquent, les trois occurrences de he las employées avec un sujet tant masculin que féminin (vers 2442, 7072, 9987) sont transcrites he—las afin d’indiquer une possibilité d’emploi en séquence compte tenu du rapport du copiste à cette forme que nous avons mis en relief.

La forme esglatit, vers 3336, apparaît très intéressante au plan de la syntaxe graphique en ce qu’elle présente l’image d’une unité lexicale, apparemment inconnue des lexicographes [40], qui semble adjoindre au verbe glatir attesté, l’élément es représentant la préposition latine ex, utilisée comme outil de préfixation à une création lexicale, selon un principe de construction identique à celui qui a prévalu à la formation, déjà très ancienne, d’une unité comme par exemple esveillier (< *exvigilare [41]) ou, sans doute plus récemment, de esleecier (< laetitia [42]). Or, es n’est considéré ni comme un élément du lexique par les lexicographes [43], ni comme un élément grammatical par les grammairiens [44]. Autrement dit, la forme n’a aucune existence réelle « légale » en elle-même autrement que celle que lui accordent les formes du lexique déjà anciennement constituées dans lesquelles es figure comme un élément insécable, apparemment très peu enclin à la variation graphique, ce qui semble attester d’un fort degré de fixité.

La forme esglatit montre que l’élément es, ici utilisé sans doute comme préfixe intensif, est senti comme un morphème lexical à part entière et autonome par le copiste, dont il semble se servir dans la formation d’une nouvelle unité es + glatir. Ce fait, quand bien même la forme aurait été sans lendemain au plan du lexique, révèle bien, de la part du copiste, une conscience de la formation des mots. Cette particularité sera donc exhibée par une transcription es-glatit, selon le système des tirets.

(3) Dans le cas de la forme me sires (vers 10025, 11681), me ne peut qu’attester un amuïssement de s final nécessitant une transcription par . L’ensemble sera transcrit mé—sires.

Or les transcriptions en segments ou en séquence des formes du type ma dame, mes sire et mon seignor tendent à se normaliser dans les éditions de textes selon des considérations connotatives [45] qui ne correspondent pas à l’usage que l’on observe dans le manuscrit et qui devraient, dans le contexte dans lequel apparaît l’occurrence du vers 11681, nous conduire à transcrire la forme en une seule séquence mesires pendant que nous transcririons l’autre me sires en deux segments au vers 10025.

De surcroît, la forme ainsi séquenciée dont l’image graphique originelle est occultée, n’apporte aucune information quant à la réalité de son occurrence en deux segments dans le manuscrit : elle devient l’équivalent d’une simple occurrence de messires dont on pourra se servir, dans le cadre d’une étude linguistique sur le français médiéval, comme d’un exemple d’alternance s simple ss géminé à l’intervocalique attestant d’un possible traitement picard [46]. Or il n’en est sans doute rien.

L’usage du copiste sur ce point apparaît donc variable et incertain, et une des fonctions du système des tirets est précisément d’en souligner les incertitudes. Cet usage flottant pourrait aussi être le reflet de formes déjà pressenties comme sémantiquement ou connotativement ambiguës par le copiste lui-même : l’exemple du vers 352 Ma dame la roÿne avant hier me manda dénote aussi bien un lien de dépendance féodale qu’une marque de politesse sans qu’il soit vraiment possible de trancher. Quel choix de transcription devra-t-on dès lors adopter ? Madame ou Ma dame ? : l’usage du tiret double, défini comme une possibilité d’occurrence en séquence d’une forme employée en segments, permet dans Ma—dame de conserver la pratique du copiste tout en signifiant la double possibilité connotative. Nous transcrivons donc, suivant en cela les données du manuscrit, ma—dame, mes—sire(s), mé—sires, mon-seignor, mon—seignor ou mon—seignor en fonction de l’usage du copiste.

(4) Enfin, au plan morpho-syntaxique, une attention particulière est accordée aux formes clitiques du type alorgueillox (a l’orgueillox ou al orgueillox ?), delestable (de l’estable ou del estable ?), nelosent (ne l’osent ou nel osent ?), qui a permis de mettre en relief d’une part que les formes proclitiques étaient de loin très majoritaires (108 occurrences vs 5), confirmant ainsi l’observation de Nelly Andrieux-Reix, alors qu’on note une tendance des pratiques éditoriales à figer un usage des formes enclitiques qui seraient donc en réalité généralement minoritaires dans les manuscrits [47].

La question de toute méthode de travail éditorial pose foncièrement le problème de la technique de transcription à adopter, mais elle pose aussi, corrélativement, le problème du type d’études de langue à mener. Or l’analyse linguistique, qui dépend directement du choix éditorial opéré, en sera le reflet.

La technique éditoriale que nous proposons repose sur un engrangement de deux méthodes de travail en ce qu’elles ont chacune de plus pertinent et de plus informatif pour le lecteur au plan de la tradition manuscrite et littéraire et au plan linguistique, l’ensemble devant allier les exigences de l’édition canonique, notamment au plan de la lisibilité du texte, aux perspectives établies par la linguistique de l’écrit. Dans l’objectif de ne pas créer d’artefacts lexicaux ou grammaticaux, et dans l’intérêt même de la recherche par une approche plus fine de l’ancienne langue, une attention particulière sera donc apportée aux faits de syntaxe graphique par l’emploi d’un système de tirets chaque fois qu’une forme présente un intérêt dans son rapport à la formation du français, aussi bien en synchronie qu’en diachronie, sur tous les plans ordinairement enseignés en français médiéval : sémantique, lexicologique, graphique, morphologique et syntaxique. Une attention particulière sera aussi apportée aux abréviations par l’emploi d’un système de soulignement (ou d’italique). Les systèmes abréviatifs apparaissent en effet, à y regarder de plus près, d’une complexité telle qu’ils doivent faire entrer l’éditeur dans l’ère du doute et du soupçon. Outre le cas développé plus haut, et tous les cas où une restitution n’est pas assurée au terme d’une étude circonstanciée des données du manuscrit, les graphies grammaticales restituées (type eulz) et certaines formes de noms propres, pouvant être l’objet de manipulations formelles corrélées au système poétique et métrique propre au manuscrit, devront être soulignées, l’ensemble de ces marques typographiques devant faciliter le travail du linguiste et notamment de lui éviter le recours constant aux manuscrits pour en vérifier les données.

Mais une édition à visée linguistique devra aussi comporter une étude de langue vraiment linguistique, non pas seulement descriptive mais argumentative. À ce titre, la validité et la valeur heuristique de la démarche éditoriale initiée par Nelly Andrieux-Reix, à laquelle je me suis essayé, semble-t-il, pour la première fois depuis sa propre entreprise, a été d’éclairer d’un jour peut-être nouveau le champ des recherches en diachronie en révélant, d’une part, l’existence d’un continuum dans l’histoire des pratiques manuscrites du français et, d’autre part, comment un copiste du début du XIVe s. entame dans de l’écrit littéraire ce qui s’apparente à une réflexion grammaticale sur les procédures de « mise en texte » de son manuscrit, et comment s’annoncent les principes d’une codification normée du français, ordinairement plutôt attestée au XVe et surtout au XVIe siècles, ce que personne, suivant une méthode autre, n’avait encore vraiment mis en évidence malgré les très nombreux travaux dont ce manuscrit a fait l’objet.

Notes

[1] Transcription de Garin de Monglane à partir du manuscrit du XIVe siècle Royal 20 D XI de la British Library. Description méthodique du manuscrit et analyses linguistiques (volume I) ; transcription des 12590 vers de la copie de Londres (volume II) ; notes, glossaire, table des noms propres (volume III). Thèse de doctorat dactylographiée, Université Paris III-Sorbonne Nouvelle, sous la direction de N. Andrieux-Reix († 2007).

[2] Voir les récents travaux, par exemple de Alexei Lavrentiev dont un aperçu est présenté dans « Typologie textuelle pour l’étude linguistique de manuscrits français médiévaux », Systèmes graphiques de manuscrits médiévaux et incunables français. Ponctuation, segmentation, graphies, p. 49-66, et « base de français médiéval et transcriptions de manuscrits : recherche de complémentarité », Actes du XXIVe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes, Aberystwyth, 1er- 6 août 2004, édité par David Trotter, Tübingen, Niemeyer, 2007, vol. I, p. 405-410.

[3] La valeur en tant que sources de données linguistiques fiables de certaines éditions critiques est ainsi parfois « critiquée ». Voir Lydia Stanovaïa, « La standardisation en ancien français », The dawn of the written vernacular in Western Europe, édité par Michèle Goyens et Werner Verbeke, Leuven, Leuven University Press, 2003, p. 242-272, May Plouzeau, « À propos de La Mort Artu de Jean Frappier », Travaux de linguistique et de philologie, t. 31, 1994, p. 207-221, et Alexei Lavrentiev, « base de français médiéval et transcriptions de manuscrits : recherche de complémentarité », art. cit.

[4] Par exemple, Godefroy opère une distinction sémantique, que ne font pas TL, entre clamer quite qu’il lemmatise en deux segments et quiteclamer en une seule séquence graphique (voir Godefroy, art. « clamer » II, 144c et « quiteclamer » VI, 521c). Or, on ne trouve que ce dernier verbe dans le manuscrit de Londres, mais systématiquement en deux segments : vers 3786, 3852, 3887.

[5] Ces études de langues s’apparentent bien souvent à une sorte de grammaire du texte, « simplement » descriptives.

[6] Cette perspective se différenciant de l’étude de langue traditionnelle par une approche fonctionnelle et argumentative des faits de langue permettant la mise en évidence de phénomènes micro-systémiques récurrents dans la pratique du copiste.

[7] Selon la création lexicale de Simone Monsonégo, « Les graphies et les mots dans les textes anciens. Problèmes de transcription et de codage », Le texte : un objet d’étude interdisciplinaire. Mélanges offerts à Véronique Huynh-Armanet, Centre de recherche de l’Université Paris VIII (Analyse textuelle et nouvelles technologies, 2), Paris, Presses de l’Université Paris VIII, 1993, p. 175-190.

[8] Nelly Andrieux-Reix, Moniage Guillaume, chanson de geste du XIIe siècle, édition de la rédaction longue, Paris, Champion, 2003, p. 25.

[9] Voir à ce sujet le Moniage Guillaume, op. cit., p. 25-27 et « Transcriptions, lisibilité, transgression : quelques problèmes posés par les éditions de textes médiévaux », Le moyen français. Le traitement du texte (édition, apparat critique, glossaire, traitement électronique). Actes du IXe colloque international sur le moyen français, textes réunis et présentés par Cl. Buridant, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2000, p. 55-63.

[10] Documents linguistiques de la France (série française) vol. 1.2 Chartes en langue française antérieures à 1271 conservées dans le département de la Haute-Marne, publiés par Jacques Monfrin avec le concours de Lucie Fossier, préparé par Jean-Gabriel Gigot, Paris, Éditions du CNRS, 1974, p. lxiii-lxvi.

[11] Voir Susan Baddeley, « Théorie et pratique de la segmentation graphique dans les textes français du premier tiers du XVIe siècle », Langue française, 119, p. 52.

[12] Voir les « Règles pratiques pour l’édition des anciens textes français et provençaux », Romania, 52, Paris, 1926, p. 245. Les restrictions d’usage du tréma préconisées par les « Règles » sont parfois corrélées à des considérations non pas pratiques de l’édition, mais de l’impression. Or, ces recommandations apparaissent aujourd’hui dépassées par les possibilités du traitement de texte informatique.

[13] Si la tendance actuelle est de placer le tréma phonétique selon la nature de la voyelle du groupe contenant une diérèse, par exemple (voir Conseils pour l’édition des textes médiévaux, Groupe de recherches « La civilisation de l’écrit au Moyen Âge », École nationale des Chartes, Paris, éditions du CTHS, 2001-2002. 3 fascicules : fascicule I : Conseils généraux (sous la direction de Françoise Vieilliard et Olivier Guyotjeannin), 2001, p. 52-53), une tradition plus ancienne, représentée par exemple par TL, le place sur la première voyelle du groupe quelle que soit la nature de cette voyelle, par exemple : ëu.

[14] Voir les avis divergents sur le maintien ou le développement par exemple de l’x finale de P. Rajna dans « x = us », Romania, 55, Paris, 1929, p. 528, et J. Acher dans « Sur l’x finale des manuscrits », Revue de linguistique romane, 56, 1913, p. 148-158.

[15] Voir les « Règles pratiques pour l’édition des anciens textes français et provençaux », p. 245 au sujet de l’inutilité dans certains contextes de l’adjonction du tréma.

[16] Dans « Introduction pour la publication des textes en ancien français », Bulletin de la Société des Anciens Textes français, Paris, 1909, p. 64-69.

[17] Dans « Établissement de règles pratiques pour l’édition des anciens textes français et provençaux », Romania, 52, Paris, Société des amis de la Romania, 1926, p. 243-249.

[18] Dans « À propos de l’édition de nos textes français du Moyen Âge », Bulletin de la Société de l’Histoire de France, 1941, p. 67-74.

[19] Ibid., p. 70-71.

[20] Dans « Transcriptions, lisibilité, transgression… », p. 59. 

[21] Dans Documents linguistiques de la France, p. lxvi.

[22] Au tome VIII, page 210a où sont répertoriés trois exemples d’emplois.

[23] Nous pourrions encore citer Joan B. Williamson (Le livre de la vertu du sacrement de mariage de Philippe de Mézières, Washington D.C., the Catholic University of America Press, 1992, p. 25-27) qui propose une transcription en séquence de tout redoublement consonantique du type assavoir, Alfred Foulet et Mary Speer (On Editing old French Texts, Lawrence, 1979, p. 60-62) et Philippe Ménard (« Problèmes de paléographie et de philologie dans l’édition des textes français du moyen âge », dans The editor and the text. Mélanges Anthony J. Holden, édité par Philip E. Bennett et Graham A. Runnalls, Edinburgh University Press, 1990, p. 1-9) préconisent une transcription des consonnes doubles en établissant en outre une coupure conforme au code graphique du français moderne par l’instauration d’un blanc (par exemple : il nou (« ne le ») ssalue). Plus récemment, Françoise Vieilliard et Olivier Guyotjeannin (Conseils pour l’édition des textes médiévaux, fascicule 1 : Conseils généraux, 2001, p. 41-43) formulaient le même conseil.

[24] Notre constatation d’une fréquente irréductibilité du petit espacement dans le manuscrit de Londres, avait déjà été envisagée par Nelly Andrieux-Reix qui en des termes plaisants avait noté que « l’ambiguïté dont le petit espace se révèle doté est comparable à celle qui sera plus tard attachée au trait maintenant dit « d’union » et qui en fait, est autant de désunion que d’union », dans « Transcriptions, lisibilité, transgression … », p. 60.

[25] Preuve en est, sans doute, le paragraphe, très ordinairement bref, consacré au problème de leur résolution dans nombre d’éditions.

[26] Par exemple dans le cas de parité entre différentes graphies.

[27] Au terme d’une réflexion sur les phénomènes de séquenciations et de segmentations graphiques, H. Lewicka, « Réflexions théoriques sur la composition des mots en ancien et en moyen français », Kwartalnit neofilologiczny, 10, 2, 1963, p. 131-142, conclue qu’ « il n’y a […] rien à tirer de la soudure des mots ». Les quelques remarques de Robert Léon Wagner formulées dans L’ancien français. Points de vue. Programmes. Paris, Larousse, 1974, p. 41 et 74, ne sont guère plus encourageantes. Au plan des abréviations, les quelques et encore trop rares travaux récents sur la question (Geneviève Hasenohr, « Écrire en latin, écrire en roman réflexions sur la pratique des abréviations dans les manuscrits français des XIIe et XIIIe siècles », Langages et peuples d’Europe : cristallisation des identités romanes et germaniques, VIIe-XIe siècle. Colloque international organisé par le Centre européen d’art et civilisation médiévale de Conques et l’Université de Toulouse-Le Mirail, (Toulouse, Conques, juillet 1997), Michel Banniard éditeur, Toulouse, CNRS, Université de Toulouse-Le Mirail, 2002, note 2 p. 79, souligne qu’ « aucun travail équivalent [aux travaux menés sur la pratique des abréviations latines] n’existe pour les écritures vernaculaires, et, de toutes les langues d’Europe occidentale, le français est assurément le plus mal lotie en la matière. ») témoignent des deux idées principales et récurrentes qui « courent » à l’endroit des abréviations dans les manuscrits français médiévaux, à savoir, d’une part, qu’il n’y aurait pas d’ « économie » du signe abréviatif (voir Geneviève Hasenohr, « Abréviations et frontières de mots », Langue Française, 119, 1988, p. 29) et, d’autre part, que la recherche d’une tentative d’organisation en système serait vaine (voir Geneviève Hasenohr, « Écrire en latin, écrire en roman… », p. 80.

[28] Voir à ce sujet la critique formulée par Stéphanie Brazeau et Serge Lusignan, « Jalon pour une histoire de l’orthographe française au XIVe siècle : l’usage des consonnes quiescentes à la chancellerie royale », Romania, 122, Paris, 2004, p. 448, à l’encontre de la démarche scientifique des travaux de Thera de Jong contenus dans « Parasite consonants : a homographic clash », Medieval dialectology, édition J. Fisiak, Berlin-New York, 1995, p. 7-42).

[29] La séquence com- ne posant pas de problème.

[30] La liste des formes concernées est assez restreinte. Dans le manuscrit, cela concerne [couvoitier], couv- (formes verbales de [couvenir/couvenir] couvent/couvent, couvenant/couvenant, coument, couman-, coumenc-/coumenc-, esconsser (mais aussi, on le verra plus loin le problème se répercutant finalement sur elles aussi, les formes verbales de groucier, [demoustrer], moustrer (mais, peut-être, monstrer), de même que celles où une hésitation est possible entre v et n : haver (vers 3255).

[31] Le problème est ici créé par le fait que ces formes s’abrègent conventionnellement par 9, plus économique que dont on ne relève qu’un exemple lorsque tilde vaut pour n, recōneues vers 12186, alors même que la barre horizontale suscrite est assez fréquemment employée lorsqu’elle vaut pour m, par exemple : c’om, com, c’omme, comme. En revanche, com dans les formes commant, commande, commandement, etc., n’apparaît jamais ni sous la forme ni sous une forme développée.

[32] Voir à ce sujet, Philippe Ménard, « Édition de texte et paléographie : le problème de la transcription de u et de n », « Pour acquérir honneur et pris ». Mélanges de Moyen français offerts à Giuseppe Di Stefano, textes réunis et publiés par M. Colombo Timelli et C. Galderisi, Montréal, Ceres, 2004, p. 285, Anne Rochebouet, « Une ‘’confusion’’ graphique fonctionnelle ? Sur la transcription du u et du n dans les textes en ancien et moyen français », Scriptorium, 63.2, 2009, p. 206-219.

[33] Et cela aurait été possible dans plusieurs centaines d’occurrences.

[34] En revanche, n et v ont une valeur discriminante dans tous les cas où leur confusion serait sémantiquement ambiguë : nos/vos, nous/vous, nostre/vostre par exemple, excepté dans un cas où semble-t-il (le contexte est ambigu) vos serait mis pour nos (vers 1606, voir la note du vers), mais sans que la question relève pour autant nécessairement d’un problème de ductus n/v, vos pour nos ici relevant plus sans doute plus prosaïquement d’un problème sémantique.

[35] Parce que non ambigu sémantiquement. Voir la note précédente.

[36] Mais aussi groucier, grouçoit.

[37] Dans « Transcriptions, lisibilité, transgression », art. cit., p. 59.

[38] Ce fait pouvant concerner d’autres formes que la particule en dans les manuscrits ; voir Nelly Andrieux-Reix, « Transcriptions, lisibilité, transgression… », p. 62.

[39] La graphie em employée entre deux blancs graphiques semblant par ailleurs attestée ; voir Schwan-Behrens, Grammatik des Altfranzösischen I-III., t. I, Lautlehre, Leipzig, O. R. Reisland, 1914, § 183, p. 110.

[40] La forme esglatir pourrait être rendu par « trépigner », autrement dit constituer un synonyme de triper.

[41] Voir TL, art. « esveillier », III, 1505, 12.

[42] Voir TL, art. « eslëecier », III, 1088, 13.

[43] Voir TL et Godefroy.

[44] Voir, par exemple, Philippe Ménard, Syntaxe de l’ancien français, Bordeaux, Bière, 4e édition, 1994. ; Gérard Moignet, Grammaire de l’ancien français, Paris, Klincksieck, 2e édition, 1988 ; Gaston Zink, Morphologie du français médiéval, Paris, PUF, 1989 ; Ferdinand Brunot et Charles Bruneau, Grammaire historique de la langue française, Paris, Masson et compagnie, 1937 ; Lucien Foulet, Petite syntaxe de l’ancien français, Paris, Champion, 3e édition revue, 1967 ; Claude Buridant, Grammaire nouvelle de l’ancien français, Paris, SEDES, 2000.

[45] Les formes de ma dame, mes sire et mon seignor devant être transcrites en deux segments « lorsqu’ils dénotent nettement un lien de dépendance amoureuse ou féodale », selon les Conseils…, p. 42. Mais en récit, le narrateur nomme me sires un païen sur le point de trahir Garin. Or, il ne saurait dans cette exemple y avoir un lien de dépendance féodale du narrateur envers le païen !

[46] Voir Charles Théodore Gossen, Petite grammaire de l’ancien picard, Paris, Klincksieck, 1951, § 49, p. 85-86.

[47] Voir à ce sujet Nelly Andrieux-Reix, « Consignes et pratiques scripturaires au Moyen Âge : confrontations, enseignements », Qui tant savoit d’engin et d’art. Mélanges de philologie médiévale offerts à Gabriel Bianciotto, édité par Claudio Galderisi et Jean Maurice, Poitiers, Université de Poitiers, Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (Civilisation médiévale, 16), 2006, p. 244-248.